La  Revue AR C O I R I  

a le plaisir de vous présenter un conte, extrait de 

"CONTES ET LéGENDES DU PAYS LOINTAIN", 

écrit par Diomenia Carvajal, et raconté par ATAO.

 

écoutez...et lisez

 

 

 

CAYETANO

            Quand le soleil inonde le désert d’Atacama, ses rayons brûlent la raison, pourtant c’est l’instant où l'on peut entendre le langage du vent.

 

             Au temps où la pampa appartenait au salpêtre, tout était salpêtre, la terre, le ciel, l’eau même était salpêtre. Les hommes l’arrachaient aux entrailles de la terre. Les femmes étaient tristes et simples. Tout était un éternel recommencement. Les enfants naissaient dans le sable des dunes, et lorsqu’on mourrait, on retournait tout naturellement à elles.

 

C’est là, que Sofia cherche son porte-bonheur. La voyante des grains de sable lui avait dit : « il te faudra une présence humaine pour te protéger des embûches du désert. Et Sofia, poussée par le vent, parcourt les sables à la recherche de la présence.

Elle la voit... là ! Elle brille au soleil qui l’a blanchie de ses rayons. Le vent avait chassé le sable pour l’offrir à la lumière du jour comme une fleur qui a besoin de clarté pour y puiser la vie : Une phalange, longue, fine, un os droit, sans fissure, un os poli par le temps et par le vent. Est-ce une phalange d’artiste, celle d’un campesino ? Peu importe, Sofia tient son talisman. Elle le cache au creux de son corsage. Il lui faut un nom.

 

CAYETANO !! Oui  Cayetano ...

 

C’est ainsi que Cayetano accompagne Sofia se nourrissant de sa sueur et des battements de son cœur. Ensemble ils rattrapent l’âne maigre qui porte la charge et la vieille couverture grise qui sert à enterrer les morts ou à coucher les nouveaux-nés.

            Quand le sel donne du travail, le village de tentes se dresse auprès d’un salin, défiant le soleil et l’écume de sable. Quand le salpêtre appelle les hommes on s’enfonce dans le désert, emportant avec soi les femmes, les enfants, les animaux et les outils nécessaires  pour y puiser l’eau.

 C'était un matin, le village de tentes s'était dressé auprès d'un salin défiant l'écume de sable, Sofia défait son corsage et cherche... Cayetano n’est pas là. Affolée, elle l’appelle : "Cayetano, Cayetano" ! Mais seul le silence du désert lui répond.

Elle visite une maison de toiles, puis deux, et encore une autre, interroge les femmes qui donnent le sein aux nourrissons, celles qui épluchent les épis de maïs  … Rien ! Silence éternel des dunes. Silence crépusculaire des morts. Alors Sofia retourne dans sa case. Silencieuse et abattue, elle s’enveloppe dans cette couverture tissée par les mains patientes d’une vieille.

            Où est Cayetano ? Au fond d’une mine de salpêtre ? Dans cette grotte où le hibou égrène sa plainte chaque nuit annonçant le réveil du vent du désert.

            La nuit renverse son encrier sur le sable et le village glisse dans le sommeil des dunes.

            Trois jours et trois nuits s’écoulent et Sofia réfléchit toujours.

La femme aux seins tristes lui porte une tasse de bouillon et lui dit « n’y penses plus ». Une vieille au sourire édenté ajoute « il est retourné où tu l’as trouvé, le vent l’a emporté, il ne reviendra plus.

            Tout à coup un appel porté par le vent écorche le silence de la nuit :

-« Sofia, je suis là, viens »…

Elle se dresse sur sa couche.

-Où es-tu ?

-Ici, viens…

Et Sofia se lève, et Sofia marche, marche toujours plus loin, disparaît dans l’encrier de la nuit...

 

            Les dunes miroitent déjà dans la lumière du jour quand Les hommes finissent leur travail dans les salins, plient leurs tentes, et prennent la route vers d’autres mines, d’autres salins vers le désert ou vers la mer.

 

 Mais les hommes s’arrêtent

      Quand le soleil inonde le désert d’Atacama, ses rayons brûlent la raison, pourtant on dit aussi que c’est l’instant où on peut entendre les mots portés par le  vent, et  partout où le village de tentes se déplace, dans les nuits profondes du désert ou dans les aurores pâles du bord de mer le vent leur crie : où es-tu ? Et l’écho répond : ici, viens !

 

       L'âne maigre suit le village de tentes... Ensemble, ils poursuivent leur chemin.

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